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ENTRETIEN : le digital, et après ? Comment s’y préparer ? [partie 1]

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A l’heure du tout digital, les entreprises ont parfois du mal à se mobiliser et à se transformer pour répondre à de nouvelles problématiques et à des évolutions technologiques toujours plus rapides et plus disruptives. Peu à peu, ces entreprises gagnent en maturité sur le digital. Pourtant il serait illusoire de croire que nous arrivons au bout du tunnel. Quelle est la prochaine étape ? À quoi devons-nous nous attendre et surtout, comment nous y préparer ? Éléments de réponse avec Pierre Thuillier qui a accepté de répondre aux questions de DigitalCorner.

Pierre Thuillier, au sein de la pratice Business Transformation Énergie Transport Telcos du cabinet Solucom, était aux premières loges lors de la bulle internet des années 2000. Depuis, il aide les entreprises – de la start-up au grand compte international – à faire face aux défis d’un environnement mouvant en pleine transformation digitale. »

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Raphaël : “Bonjour Pierre, on nous parle de plus en plus d’un bouleversement de modèle du digital, pouvez-vous nous donner votre vision des grands changements qui nous attendent ?”

Pierre : “La question est passionnante… et vaste !

Je pense qu’il faut tout d’abord avoir conscience que nous vivons une  transformation profonde qui va bien au-delà du Digital. En d’autres termes, nous sommes en train de vivre le passage vers une nouvelle ère, celle de la « révolution technologique », comme le 20eme siècle fut l’ère de la « révolution industrielle ».

Le Digital est porté par une vague technologique bien plus puissante – nous pourrions par exemple parler des progrès fulgurants réalisés dans l’univers des nanotechnologies ou de la biosciences – dont il est devenu « l’étendard » simplement parce qu’il est omniprésent dans notre vie, en tant qu’individu, consommateur, « consom-acteur », ou autre terme tel que le « conso-battant *»; bref, autant de nouveaux rôles qui traduisent ses effets sur nos comportements.”

Steve Jobs, lors du show de lancement du 1er Ipad avait déclaré « nous l’avons inventé. A vous d’inventer ce que vous ferez avec ». Cette phrase pourrait à elle seule résumer ce que sera cette nouvelle ère de « la révolution technologique ».”

 “Qu’y a-t-il après le Digital alors ?”

“Vous vous souvenez bien sûr de la fameuse « bulle Internet » ?

Nous pourrions considérer, après coup, que ce fut un « Big-Bang technologique », celui du Digital en l’occurrence, comme il y en aura probablement bien d’autres à l’avenir. Cela a été une « explosion », qui a entrainé une période de chaos temporaire, et nécessaire, au cours de laquelle se sont bulle-internet.jpgforgées les futures « lois de base » qui régissent depuis ce Digital.

Ces lois, même si elles ne cessent d’évoluer et de s’enrichir dans leurs formes, sont celles qui ont remis en cause le rapport de force entre l’entreprise et le client issu de la « révolution industrielle » du 20eme siècle : un rapport de force de domination, ou tout au moins fortement en faveur de l’entreprise. L’illustration la plus symbolique de cette ère reste le modèle T, la 1ere voiture produite industriellement par H. Ford, et qui n’était proposée qu’en une seule couleur pour réduire les coûts au minium. Plus récemment, il y à peine cinq ans, la France était un des pays d’Europe où les prix des forfaits téléphoniques étaient les plus élevés, quelques soient les opérateurs, alors que ceci n’était en rien une fatalité, puisque nous vivons une situation quasi inverse, depuis l’arrivée de Free sur le marché.

Les entreprises qui ont eu du mal à négocier le virage du Digital, et par suite ce changement de rapport de force, doivent se préparer à une probable sortie de route au prochain virage, qui s‘approche très vite….

Car la « révolution technologique », parce qu’elle a la dimension d’une nouvelle ère, va continuer de plus belle.

Cette nouvelle vague sera portée par les objets connectés et l’intelligence artificielle.RTXHIOM

L’actualité nous en donne tous les jours des illustrations. Par exemple, très récemment un logiciel conçu par des chercheurs de Google a battu 5 à 0 le champion européen en titre du jeu de stratégie GO. Que de chemin parcouru en intelligence artificielle depuis que l’ordinateur « Deep Blue », véritable monstre de puissance de calcul, a battu le champion du monde d’échecs en 1997.”

“Qu’est-ce que cela signifie, plus précisément ?”

“Aujourd’hui nous n’en sommes qu’aux balbutiements, avec des objets connectés, dits « intelligents », tel que le thermostat de Nest, la station météo de Netatmo ou la balance de Withings

Il en est de même avec les premiers robots « serveurs » déjà en service au Japon, ou les robots cuisiniers qui réalisent, avec un talent paraît-il, certaines recettes culinaires. Le monde de la robotique n’a pas fini de nous surprendre, ou plutôt de nous émerveiller.

Je pense qu’une des 1ere concrétisations de cette nouvelle ère « technologique » sera probablement la voiture totalement et réellement autonome, celle qui saura par exemple anticiper un piéton qui s’engage au dernier moment sur la chaussée. Nul n’est devin, mais tous ces signaux laissent penser que nous irons bien plus vite que nous le pensions, il y a encore 5 ans, vers l’environnement des films d’anticipation. Je nous donne 10 ans pour commencer à y parvenir

Aujourd’hui, les individus6a00d8345167aa69e2019b02631195970c sont tous « interconnectés ». Demain, les objets le seront aussi, et de manière intelligente.

Le « graal » pour les entreprises sera alors de devenir un objet connecté en permanence avec ses clients ! Nous serons immergés dans un univers d’informations, de données et de connaissances numériques, toujours plus nombreuses et plus riches.

D’ailleurs, je crois beaucoup à l’apport des objets connectés pour exploiter cet énorme volume de données. Chaque objet recueillera de manière localement « intelligente » des données ciblées, et donc de la valeur. Il communiquera ensuite cette valeur à d’autres objets. Le résultat créera un réseau d’objets dont « l’intelligence » globale sera égale au carré de leur nombre, selon la fameuse loi de Metcalfe – si elle reste applicable – qui permet aujourd’hui d’évaluer la valeur d’un réseau tel que Facebook en fonction du nombre de ses utilisateurs.”

“Cela fait penser au « Big data » ?”

“Tout à fait, cela promet un bel avenir au « Smart Data ». C’est-à-dire aux techniques d’exploitation intelligentes de toutes ces informations et connaissances pour anticiper, par exemple, les besoins réels des individus qu’une entreprise souhaiterait transformer en clients fidèles.

Il nous faut envisager sérieusement l’éventualité de ce prochain « Big-Bang technologique » lié aux objets connectés et intelligents, que je considère personnellement comme imminent.2015170941_o-digital-marketing-facebook

A l’instar du « big bang Internet », il y aura probablement des excès liés à la précipitation à vouloir en tirer des profits, éventuellement sans le caractère spectaculaire qu’avait alors apporté la spéculation financière excessive. Ce nouveau « big bang » se déroulera peut être plus en douceur. Effet, nous avons acquis de la maturité et les investisseurs ont été sévèrement échaudés, mais, pour autant, ce « Big-Bang» matérialisera cette période critique, et probablement à nouveau chaotique, ou de nouvelles « lois de base » vont être forgées.”

“Justement, quelles seront selon vous ces prochaines lois ?”

“Il y a fort à parier qu’elles seront principalement liées à la sécurisation des échanges de données et au respect de la vie privée de chacun. Cela signifie que toute entreprise qui choisira d’exploiter le « Big Data » tout en conservant un modèle commercial hérité du 20eme siècle périclitera irrémédiablement.

Seuls garderont leurs chances de se développer les entreprises qui baseront leur relation client sur un vrai respect, et sur une réelle prise en considération du client, tel que le mérite tout individu.”

“La description que vous évoquez de « l’après Digital » amène une autre question : comment s’y préparer ? Je vous propose d’aborder ce sujet dans la suite de notre entretien.”

La suite de l’interview de Pierre est disponible

* Le « conso-battant » a une relation plus critique envers les marques, et le réflexe de comparer, négocier, participer, pour acheter en connaissance de cause. Il est décrit dans l’ouvrage « le marketing de la grenouille »  de Philippe Jourdan, Valérie Jourdan & Jean-Claude Pacitto

Interview réalisée par : Raphaël AMALA

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